04 novembre 2008

Et quelques printemps plus tard…

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Les ronces envahirent de nouveau les lieux, fleurissant au printemps.
Notre Dame du Barthas redevint Le Barhas.
Les choucas reprirent leurs habitudes, racontant cette histoire à tout vent mais il n’y avait plus personne pour les comprendre.
Moi je la sais parce que le vent l’a dite aux cystes et les cystes n’ont pas de secret pour moi.

 

Merci à André Gastaud-Jaffus pour cette belle histoire et à Luc Labat pour me l’avoir racontée

03 novembre 2008

Un matin de printemps…

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Le printemps s’était installé. Pagès avait remonté ses moutons, retrouvé sa routine de berger ; mais quelque chose avait changé. Il venait tous les jours se recueillir à Notre Dame du Barhas, agenouillé devant l’autel. Un matin de fin juin, entrant à l’aube dans la chapelle, il trouva la statue de la Vierge drapée dans la lumière du soleil levant ; elle lui souriait. Pagès fut ébloui. Il tomba à genoux comme d’habitude et se laissa porter, comme d’habitude. Mais il eut plus de mal que d’habitude à se relever. Il allait sortir mais changea d’avis, se retourna, revint vers l’autel, indécis. Soudain il sentit au cœur une violente douleur. Il y porta la main et c’est ainsi que la mort le surprit, en pleine lumière. Il tomba à la renverse et demeura au sol, la main sur le cœur, les pieds vers l’autel. Personne ne venait à la chapelle. Personne n’y vint jamais.

02 novembre 2008

Notre Dame du Barhas

vierge.jpgPagès descendit vers le village, alla chez le curé, lui raconta sa chapelle et lui demanda de la consacrer. Le curé lui demanda de repasser dans quelque temps parce qu’il devait en référer à l’évêque. L’évêque ne se sentait pas le moins du monde concerné par cette minable chapelle issue d’un buisson et perdue au fin fond des Corbières. Le curé du s’incliner. Pagès était un peu déçu ; il avait rêvé d’une grande cérémonie pour son enfant… Sur le chemin du retour, il s’arrêta pour saluer un laboureur qui défrichait un lopin gagné sur la garrigue. A ce moment précis le soc heurta quelque chose de dur et l’attelage stoppa. Le laboureur déterra un morceau de bois noirâtre pris dans une gangue de glaise collante et le jeta rageusement loin de lui puis reprit sa lente progression. Pagès, curieux, ramassa le morceau et, enlevant un peu de terre il crut discerner un visage. Il se précipita au ruisseau, le lava avec soin dans l’eau courante et découvrit avec émotion une vierge couronnée, assise, tenant l’enfant sur les genoux. Pagès  ne tenait plus en place. Il essuya cette statue noirâtre avec un soin maternel, courut à la chapelle et posa la Vierge sur l’autel. On aurait dit qu’elle avait toujours été là. Spontanément Pagès la nomma Notre Dame du Barthas. Lui qui n’avait jamais connu de femme, se sentait une étrange passion pour la Vierge Marie qui habitait la chapelle au point de la transfigurer, le remplissait d’une joie profonde et d’une sorte de plénitude.

01 novembre 2008

Le départ

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Un matin La Fidélité passa une dernière inspection amoureuse autour de la chapelle, puis y entra. Il s’assura qu’elle vivait, qu’elle vibrait. Alors il s’approcha de l’autel, posa ses mains dessus, bien à plat. Il sentit un courant puissant monter en lui. Lorsqu’il retrouva son calme il sortit les yeux brillants et vint vers Pagès : Pagès, demain je reprends la route. Je voudrais arriver à Saint Jacques tant que je peux encore porter mes outils. Pagès ne répondit pas ; il savait.

Dès l’aube, sans mot dire, La Fidélité de Limoges, tailleur de pierre, partit vers l’ouest, sans se retourner. Pagès l’accompagna une paire d’heures. Puis il revint. Il se sentait vieux et pour la première fois de sa vie, il se sentit seul.

31 octobre 2008

un beau jour d’avril...

Petite Chapelle (50x50).JPGFévrier et son cortège de vilain temps, de neige et de vent froid arriva. Le chantier fut stoppé.

Puis, autour du village, le long des chemins et des routes d’en bas, les amandiers fleurirent, mirent des feuilles. Le chantier reprit.
E
t un beau jour d’avril, la chapelle fut terminée. Presque à regret…Parce qu’après la joie de l’œuvre réalisée en commun et la satisfaction de l’avoir menée à bien, il restait à ces deux hommes, qui n’étaient plus jeunes, la fatigue.
Plusieurs fois par jour, Pagès, prenait un peu de distance et contemplait son œuvre, attendri. Il en appréciait l’allure, guettait les jeux de l’ombre et de la lumière. Ou alors il y entrait et écoutait le vent la faire chanter ; elle chantait plus clair avec le Cers qu’avec le Marin.

30 octobre 2008

La clé

Un jour de mi-janvier, en remontant du village, Pagès trouva « La fidélité » fort absorbé dans la contemplation du porche, il dit « il manque la clé ! »
- la clé ? Quelle clé ?
- la pierre qui se trouve en haut de la partie ronde, qui bloque l’ensemble et le fait tenir s’appelle la clé ; et tu vois, à son emplacement il y a un vide.
- Cette pierre est essentielle.

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Ils arpentèrent les flancs de la montagne, scrutant les murets de long en large, les uns après les autres, jusqu’au moment où l’œil exercé de « La Fidélité » tomba en arrêt sur une pierre effectivement plus belle que les autres mais sérieusement abîmée.
- Regarde, dit-il en suivant un vague contour sur la pierre, il y avait le Chrisme dessus, tu te rends compte ! l’Alpha et l’Oméga, respectivement la première et la dernière lettre de l’alphabet grec…je suis le commencement et la fin.
La Fidélité de Limoges eut la sensation que ce serait son dernier travail sur cette terre et il tenait absolument à ce qu’il soit le plus beau. Même si personne, en dehors de Pagès, ne devait jamais le voir.

29 octobre 2008

Mon pauvre Pagès

Les jours de mauvais temps « La Fidélité » s’absorbait dans des dessins que Pagès ne comprenait pas. Il en profitait pour aller aux provisions. Un jour de décembre où le Cers s’engouffrait en sifflant dans les rues du village, les gens s’attardaient à la boulangerie. Quand Pagès entra il fut accueilli par un flot d’exclamations :
- que deviens tu, on ne te voit plus ?
- Je construis une église ! leur dit-il avec fierté.
noel de gildas pasquet.jpgCes braves gens qui gagnaient leur vie à la sueur de leur front ne pouvaient pas le comprendre. Ils rirent et l’appelèrent « mon pauvre Pagès » d’un air de profonde commisération. Mais ce n’était pas grave ; il en avait l’habitude.
Fin décembre, ils interrompirent leur travail et passèrent les fêtes au village qui fit ainsi la connaissance de « La Fidélité »

28 octobre 2008

Le mulet de Vigouroux

Ils décidèrent d’un commun accord de reconstruire cette chapelle. Dans cette perspective Pagès apportait ses mains, sa bonne volonté et sa connaissance du pays et des gens ; « La fidélité de Limoges » apportait ses outils, sa maîtrise du métier, et la motivation profonde d’un homme qui, à l’âge mur, a renoncé à la tranquillité routinière pour reprendre la route. Il se disait aussi que, sur le chemin de Saint Jacques, terminer l’œuvre commencée par des anciens était un Saint Devoir même si pour cela, lui, le tailleur de pierre, devait faire un travail de maçon. Grâce au mulet de Vigouroux qui, tout en bougonnant, semblait épouser leur cause, ils purent transporter le matériaux nécessaire. Le Barthas semblait n’être plus qu’un souvenir et les choucas regardaient le chantier d’un œil dubitatif.06-aqua-ane-42x56-velours.jpg

27 octobre 2008

La chapelle de Pagès

Quittant le mur, l’étranger regarda Pagès d’un œil brillant : - cette église n’est pas en ruine, dit-il, elle n’a jamais été terminée.

Pagès trembla.

- On m'appelle La Fidélité de Limoges et je suis tailleur de pierre. Voulez-vous de moi sur le chantier ?

- Je m'appelle Pagès et je suis berger; j'accepte de grand coeur.

Les deux hommes s'assirent et partagèrent en silence leur premier repas.

Ntre Dame des oubiels.jpgLa vie s’organisa autour du chantier et de la capitelle qui leur servait d’abri, mais trois autres jours de longs et pénibles efforts furent encore nécessaire pour dégager la chapelle. Enfin elle leur apparaît. Le chevet sans sa toiture est presque intact. Le mur Est, supporté par un arc triomphal très simple, est assez épais ; la pente prévue pour le toit est encore visible par endroit mais elle a souffert de l’érosion ; c’est dans ce mur que nichent les choucas. En parcourant rapidement le chantier ainsi mis à nu, « La Fidélité » retrouva les pierres et les claveaux bien taillés du porche Ouest. Ce qui l’intriguait c’était le pourquoi de cet abandon. Il interrogea Pagès, espérant qu’il saurait ce que les anciens se transmettent à la veillée sur un lointain passé des lieux. Mais Pagès ne savait rien, ou presque...
- Le vieux que j’accompagnais souvent dans la montagne et qui m’a appris à être berger, m’a raconté qu’il avait entendu dire qu’ avant, il y a bien longtemps, les gens se connaissaient des deux côtés des Pyrénées, mais que des hommes du Nord étaient venus et qu’après, rien n’avait plus été comme avant.

26 octobre 2008

La Fidélité de Limoges

Arrivé à la hauteur de Pagès, il le salua poliment. Pagès lui répondit de même mais très vite coupant court aux banalités d’usage, il lui expliqua qu’en dégageant le Barthas, il venait de découvrir un église en ruine dont tout le monde ignorait l’existence.
Il était une fois.JPG
L’étranger y jeta un coup d’œil, pâlit, posa ses bagages, tâta le mur arrondi, le parcourut des doigts, hésita sur une légère excroissance, puis, se collant à la pierre, il écarta les bras comme s’il voulait l’enlacer. Il ferma les yeux et sentit dans le bâtiment tout entier monter une fièvre, comme le frémissement d’un être émergeant peu à peu d’un long sommeil

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