09 juin 2008

Au milieu des moines...elle

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Au milieu des moines, de leurs discussions, les discrètes mastications des légumes du jardin, et des œufs et le fromage de la ferme voisine, le vin du chai qui fait la fierté de frère Charles, l’homme s’est apaisé. Au contact des ces hommes chastes s’est dissout le feu de son frustrant désir. Vers la fin du repas sa pensée prend à nouveau un autre angle de vue. Il se revoit, avec elle, tous deux assis dans le canapé du salon, à attendre, longtemps, fumant ces nombreuses cigarettes qui ne voulaient rien dire, boire fumer et ruminer toujours les mêmes refrains. Ces soirs là entre des êtres comme eux deux l’heure s’allonge, c’est péniblement qu’elle réussit à avancer vers eux, lente comme l’approche de la mort. Le désir les remplit lourdement, comme le sont les sacs de sables, ceux qu’on empile pour en faire un rempart, se protéger. Mais l’heure de se coucher vient, tout à l’heure ils devront s’allonger, elle se cachera vite sous le drap, à demi nue. Pas lui. Son désir ardent le mord par en dedans. Rien à faire pour chasser les images de son esprit. Il parle, il l’écoute aussi mais il n’est pas là. Il y est au lit lui. Il l’aime, de partout, il visite sa peau délicieuse et les odeurs musquées du creux de ses reins, et il a peur, peur de rester mou. Tout à l’heure. Elle doit penser à ça elle aussi. Elle doit se dire qu’elle ne le mérite pas. Elle a envie de lui, ça la brûle, elle sait qu’elle ne vaut rien. Elle le touchera, si, il la touche. Il ne sait pas vraiment si elle désire qu’il la touche. Dans son imaginaire ça va tout seul, il la touche oui, mais en images tendues à en craquer. Il connaît l’horreur qu’elle a vécue, là bas, jadis, son enfance saccagée par la folie des brutes, les haches qui ont décapité les hommes de sa famille. Il sait la haine envers les hommes enfouie loin aux confins des ombres sourdes de son ventre de femme. C’est là qu’elle l’attend. Et le redoute.Elle gardera les yeux clos, il la dévorera des yeux. Il s’agitera d’excitations nerveuses, elle restera inerte. Et ça le tue, chaque soir. Pas un gémissement lorsque ses lèvres agaceront l’antenne subtile des seins, pas un soupir lorsque le premier de tous les doigts, le plus agile de la main rude de l’homme, se noiera dans l’humidité de son corps sans tressaillement. Il se maudira de profiter d’elle comme d’une simple poupée, une chair soumise. Elle ne bougera pas, non, mais en dedans une vague terrible la submergera de plaisir dont pas un muscle ne s’autorisera au don du tremblement. Il n’en saura rien de la vague cet homme, il ne verra que l’enveloppe de la vague, sa beauté extérieure, il ne la verra que comme il la voit ; beauté subissante et muette. Tandis que les moines font la sieste à l’ombre du cloître, allongés sur les bancs de pierre, notre homme se repasse le film, il le remet au début, machinalement il se revoit avec elle, assis au salon, remplis de désir l’un pour l’autre, pleins de crainte de soi envers l’autre, ils ne pensent qu’à ça, se torturent sans se le montrer…et dire qu’ils n’avaient rien à se dire.

10 mars 2008

Etre riche...

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Deux hommes, tous les deux gravement malades, occupaient la même chambre d'hôpital. L'un d'eux devait s'asseoir dans son lit pendant une heure chaque après-midi afin d'évacuer les sécrétions de ses poumons, son lit était à coté de la seule fenêtre de la chambre. L'autre devait passer ses journées couché sur le dos. Les deux compagnons d'infortune se parlaient pendant des heures. Ils parlaient de leurs épouses et de leurs familles, décrivaient leur maison, leur travail, leur participation dans le service militaire et les endroits ou ils avaient été en vacances. Et chaque après-midi, quand l'homme dans le lit près de la fenêtre pouvait s'asseoir, il passait le temps à décrire à son compagnon de chambre tout ce qu'il voyait dehors. L'homme dans l'autre lit commença à vivre pendant ces périodes d'une heure où son monde était élargi et égayé par toutes les activités et couleurs du monde extérieur. De la chambre, la vue donnait sur un parc avec un beau lac, les canards et les cygnes jouaient sur l'eau tandis que les enfants faisaient voguer leurs bateaux en modèles réduits. Les amoureux marchaient bras dessus, bras dessous, parmi des fleurs aux couleurs de l'arc-en-ciel, de grands arbres décoraient le paysage et on pouvait apercevoir au loin  la ville se dessiner. Pendant que l'homme près de la fenêtre décrivait tous ces détails, l'homme de l'autre coté de la chambre fermait les yeux et imaginait la scène pittoresque. Lors d'un bel après-midi, l'homme près de la fenêtre décrivit une parade qui passait par-là. Bien que l'autre homme n'ait pu entendre l'orchestre, il pouvait le voir avec les yeux de son imagination, tellement son compagnon le dépeignait de façon vivante. Les jours et les semaines passèrent. Un matin, l'infirmière trouva le corps sans vie de l'homme près de la fenêtre, mort paisiblement dans son sommeil. Dès qu'il sentit le moment opportun, l'autre homme demanda s'il pouvait être déplacé à coté de la fenêtre. L'infirmière, heureuse de lui accorder cette petite faveur, s'assura de son confort, puis elle le laissa seul. Lentement, péniblement, le malade se souleva un peu, en s'appuyant sur un coude pour jeter son premier coup d'oeil dehors. Enfin, il aurait la joie de voir par lui-même ce que son ami lui avait décrit. Il s'étira pour se tourner lentement vers la fenêtre près du lit. Or, tout ce qu'il vit, fut un mur ! L'homme demanda à l'infirmière pourquoi son compagnon de chambre décédé lui avait dépeint une toute autre réalité. L'infirmière répondit que l'homme était aveugle …